Articles

Affichage des articles associés au libellé Littérature

Enfermée volontaire

Image
Certainement qu'une des terreurs les plus universellement partagées – après les clowns, bien évidemment – est celle d'être enfermé dans un asile de fous. Sain d'esprit, conscient d'être la victime d'une méprise, vous affirmez avec force que votre état mental est normal et que vous avez toute votre raison. Puisque personne ne partage votre avis (sinon, pourquoi seriez-vous là ?), vous vous agitez et, devant l'injustice, hurlez que vous n'êtes pas fou. Passant, ainsi, pour un fou, puisque vous êtes incapable de vous contrôler. La sentence est terrible, on vous garde plus longtemps encore dans l'asile, entouré par des fous véritables, des gens au regard vide, abandonnés par leur esprit, les mains tremblantes, dialoguant avec des ombres. C'est effrayant. Personne ne souhaite vivre une chose pareille, vivant comme Cassandre à se débattre pour convaincre des médecins désintéressés de leur erreur. La plus grande folie serait de plonger d...

13ème Note, l'odyssée d'une autre littérature américaine

Image
L'histoire de l'édition est émaillée de dates incontournables, de moments de grâce et d'évolutions essentielles. Gallimard, bien sûr, Pauvert pour le dépoussiérage de Sade (ou plutôt, pour le sortir de sous le manteau), Eric Losfeld pour Emmanuelle et la revue Bizarre. Dans cette lignée, rajoutons les éditions 13ème Note.   L'éditeur qui, en France, a donné une voix aux auteurs américains qui n'en avaient aucune, qu'on laissait sans sourciller dans leur caniveau, une bouteille à la main, les désillusions scintillant dans les yeux. Des auteurs que l'on croit maudits mais qui sont, en réalité, touchés par la grâce, conscients de leurs propres limites, tutoyant leurs échecs, se confrontant sans cesse au miroir grossissant de leurs lâchetés. Des auteurs vaincus par leurs propres démons, vaincus par la vie, vaincus par l'Amérique. Il ne leur reste plus rien, sinon le dernier souffle, le dernier coup de poing comme un baroud d'honneur, et ...

Un si paisible petit pays

Image
 Il y a un an environ, pour les bons soins de la jolie revue l'Indic , spécialisée dans le polar, j'écrivais cette petite note de lecture à propos de Bondrée , de l'auteure canadienne Andrée Michaud. Je faisais part, du moins c'était une tentative, de mon amour absolu pour ce livre, et de l'ambiance sublime qui y régnait page après page.  Ce lieu était comme une respiration, un silence suspendu entre deux mondes, et cela vibrait en moi, pauvre victime des centres-ville trop bruyants. Un an plus tard, ce livre sort en poche, et, le voyant dans la vitrine d'une librairie, la machine à souvenirs s'est mise en branle sans que je cherche sur quel bouton appuyer.  Retour à Bondrée. Retour en terres paisibles (attention, je me comprends, y a quand même un doux dingue qui se promène là-bas et qui trucide de l'adolescente), retour à la nature, loin de l'agitation, loin du trop plein urbain. Alors, je ressuscite cette chronique, sans en changer ...

L'odyssée d'une génération déçue

Image
D'abord, il y a cette couverture. Dans la jungle quadrillée que sont les tables des librairies, elle se remarque aussitôt, sort du lot et, immanquablement, suscite l’intérêt. Les jolies éditions RueFromentin ont parfaitement compris l'importance d'une couverture réussie, d'un graphisme impeccable et d'une esthétique qui attire l'attention (exemple avec le dernier né de la maison, L'homme surnuméraire , de Patrice Jean). Alors, bravo à MathieuPersan pour cette illustration. Vive et colorée, il est difficile de ne pas tomber sous son charme. Que voit-on ? Les gratte-ciels de Manhattan, la nuit étoilée sur New York et, en surimpression, le visage d'une femme regardant vers le ciel. La ville à figure humaine ? Une femme qui protège ses habitants ? Le thème de la ville-femme existe depuis longtemps et, à vrai dire, on en a fait le tour depuis le temps. La ville est belle comme un corps de femme, et dangereuse comme l'amour pour une inc...

Laura Kasischke - Le pressentiment de la catastrophe

Image
Pendant des siècles, les différentes légendes ont prêté aux alchimistes de tous bords la volonté de transformer le plomb en or. Quelle découverte majeure ce serait, quel bond en avant prodigieux, quelle inépuisable source de richesses aurait-on alors découvert ! Mais tout ceci relève de la chimère, et pareille formule n'a jamais été trouvée. En littérature, on pourrait appliquer cette recherche à la volonté de créer le tout à partir du rien. C'est à dire faire jaillir du banal le plus accompli (une situation du quotidien, un dialogue sur la météo) un élément si troublant qu'il en devient essentiel. Il ne se passe rien, pourtant, tout est là.  Si plus d'un a tenté l'expérience, elle demeure toutefois très difficile à accomplir et, malheureusement, on trouve davantage d'exemples d'échec que de réussite (parfois, tout ceci est trop artificiel et on voit venir le subterfuge : "quel temps superbe, non ?" "Non, regardez ce gros nuage noir...

Maurice Pons, quelque part entre le malsain et le lumineux

Image
Cet article, je l'ai commencé dix fois, douze fois, quinze fois, sans jamais en être satisfait. Pourtant, je retente ma chance. Je voulais écrire un hommage vibrant à Maurice Pons, écrivain de génie pas assez lu à mon goût, qui nous a quitté en toute discrétion il y a plus d'un an maintenant. Je voulais lancer un appel pour la réédition de tous ses livres, romans, nouvelles, y compris ses écrits sur l'art, car la plupart sont épuisés. Je voulais, pourquoi pas, me poser en biographe non officiel de cet homme que je n'ai jamais eu la chance de rencontrer, retracer sa vie, et vivre avec lui au Moulin d'Andé, où il s'était retiré voilà déjà quelques décennies. Je voulais retranscrire les conversations que nous n'aurons jamais, goûter ses alcools et profiter du silence porté disparu dans le tumulte des grandes villes. Je voulais tout cela, mais j'ai été incapable de savoir par où commencer. Ou plutôt si, je connais le point de départ....